Si la méfiance envers des personnes de notre entourage peut avoir été la réponse ajustée à un moment de notre histoire (par exemple un enfant vis-à-vis d'adultes violents ou abusifs), le fait d'en avoir élaboré une croyance qui se généralise peut faire de nous des êtres asociaux, qui se déresponsabilisent et se posent en victimes ; nous risquons alors de vivre à répétition des situations de rejet sur lesquelles nous penserons n'avoir aucune prise et qui viendront entériner notre système de croyances, créant un cercle vicieux et délétère.

 

L'origine de ce processus répétitif est donc à chercher dans des jugements que nous portons sur nous-mêmes ou des préjugés acceptés comme vérités. Face à des enjeux importants de notre vie (trouver ou quitter un travail, rencontrer un compagnon ou une compagne, élever un enfant,...), nous pouvons nourrir différentes formes de jugements ou de préjugés: nous pouvons considérer que notre objectif est impossible à réaliser quelles que soient nos capacités, ou bien que nous ne sommes pas capables d'atteindre notre objectif quels que soient les moyens mis en place, ou enfin que nous ne méritons peut-être pas de le réaliser, n'étant pas dignes de réussir.

 

Quelques exemples de nos croyances les plus répandues? "À mon âge, on ne change pas", "Je n'y arriverai jamais", "Si untel n'a pas guéri de cette maladie, je ne le pourrai pas non plus", "Je ne m'en sortirai jamais", "Je serai toujours abandonné par mon partenaire" (je ne suis pas digne de garder mon partenaire), "je n'ai jamais de chance", "je ne suis pas fait pour...", "Je suis incapable de...", etc. 

 

Combien de fois par jour laissons-nous ces pensées dévalorisantes marteler notre esprit ? Une fois intégrée, une telle dévalorisation de soi a tôt fait de nous pousser à la résignation, de briser en nous tout espoir de changement et du même coup de nous couper de notre potentiel qu'elle ne fait que dissimuler. 

 

L'attachement aux croyances

 

Or, nous l'avons vu, lorsque nous laissons une pensée prendre possession de notre esprit, par exemple à force de nous la répéter sans cesse, celle-ci se grave dans notre subconscient et forme progressivement une croyance qui va s'ancrer de plus en plus durablement, d'autant que plus nous croyons que quelque chose est vrai, plus notre esprit va s'y référer. Cette croyance et cette pensée vont alors donner naissance à un comportement, c'est-à-dire un ensemble de gestes, de paroles et d'actions qui, se répétant, fortifieront la vision de l'esprit qui les a engendrés.

 

Mais le processus peut encore aller plus loin et s'enraciner si profondément dans notre esprit que le comportement n'aura bientôt plus besoin d'être relié à la pensée initiale et  poursuivra son chemin de manière automatique et réflexe, jusqu'à faire désormais partie de notre caractère.

 

Le fait est que nous sommes souvent d'autant plus attachés à nos croyances que celles-ci nous ont structurés, a participé à construire notre personnalité, voire notre système de valeurs.

Peut-être même constituent-elles ce qui nous rapproche de l'entourage que nous nous sommes choisi. Une croyance commune est souvent le ciment qui consolide bien des relations humaines, à l'image de la foi qui rassemble autour d'une même religion des millions d'hommes et de femmes.

 

Bien qu'elles restreignent notre vision du monde et de la réalité, nous enfermant dans une vision unique et limitée, nos croyances correspondent souvent à des injonctions faites par les personnes qui furent les plus importantes à nos yeux, qui nous ont servi de références au moment même où nous nous construisions. Lâcher purement et simplement ce cadre de référence auquel nous nous identifions peut s'avérer très angoissant et nous donner l'impression de perdre notre identité. Pour beaucoup, cela s'apparente à un saut dans le vide.

 

Il n'est d'ailleurs pas toujours facile d'admettre que notre souffrance se nourrit de nos habitudes, nos croyances et tous ces repères que nous considérons comme valables et nécessaires. Leur toxicité n'apparaît souvent qu'au bout d'un long travail de remise en question et nos résistances à les changer sont très puissantes!

 

Mais pour ébranler durablement les fondements mêmes de notre souffrance, pour que celle-ci puisse cesser, il nous faut apprendre à tourner le dos à ces repères et ces croyances, accepter l'impression de se perdre, traverser l'état provisoire de confusion ou de vulnérabilité que cela peut engendrer.

 

Le "lâcher-prise", terme un peu galvaudé de nos jours, n'est peut-être rien d'autre que l'abandon pur et simple, conscient et volontaire, de nos croyances les plus ancrées et de la vision contre-productive qu'elles nous font adopter.

S'en suit une ouverture à l'inconnu qui, une fois la confusion passée, offre très vite de nouvelles perspectives, que nous ne pouvions imaginer auparavant.

 

Olivier

> Du mécanisme des croyances                                                                  

Si nous prenons le temps de considérer le regard que nous portons sur le monde et sur nous-mêmes, nous constatons qu'il est influencé par des croyances, des préjugés, des jugements souvent érigés en certitudes, et qui se dressent entre la réalité que nous expérimentons et la perception que nous en avons. Là où nous croyons répondre en toute liberté aux sollicitations de notre environnement, nous ne faisons bien souvent que réagir de manière conditionnée à des visions de notre esprit.

 

Il en est de même lorsque nous faisons face à une souffrance, qu'elle soit d'ordre émotionnel, psychique, moral ou même physique ; ces visions de l'esprit agissent alors comme des filtres qui conditionnent notre perception et influencent nos comportements, nous privant de notre libre arbitre.

 

Mais quelles sont donc ces visions de l'esprit qui semblent pervertir notre relation au monde ? Je veux parler ici de ce mécanisme subtil grâce auquel naissent en nous, dès notre plus jeune âge, de nouvelles croyances : mécanisme simple et complexe à la fois, qui possède deux versants, l'un productif, l'autre limitant.

 

Du rôle structurant des croyances...

 

Le premier versant constitue le maillon principal de tout apprentissage.

Pour le comprendre, prenons un exemple simple : jeune enfant, nous expérimentons pour la première fois que l'eau bouillante est dangereuse au toucher, peut-être à la suite d'une expérience désagréable, voire douloureuse ! Notre mémoire l'enregistre, puis en généralise la conclusion pour élaborer une pensée qui aboutira ensuite à un comportement nous permettant, par anticipation, d'éviter de nous brûler en nous méfiant de l'eau qui bout.

Il n'est pas nécessaire que cette expérience se répète pour que la pensée qu'elle a engendrée s'inscrive définitivement dans notre esprit en tant que vérité avérée une fois pour toutes. Heureusement, d'ailleurs, car si tel n'était pas le cas, nous serions tous de grands brûlés à l'âge adulte ! Ce mécanisme se révèle donc salutaire et nous permet de mémoriser tout un réseau d'informations que nous acceptons comme vérités et sur lesquelles nous basons nos comportements.

 

Au fil des ans, à mesure que nous expérimentons le monde et ses multiples sollicitations, ce réseau s'enrichit de milliards de données auxquelles nous ne pouvons pas nous permettre de penser constamment, sous peine de sombrer dans la folie ! Ces données sont donc reléguées dans notre inconscient qui se charge alors de générer des actes, gestes et comportements réflexes.

 

Les neurosciences ont révélé que près de 90% de nos actes se déroulent de manière réflexe et inconsciente. Si notre conscience devait se préoccuper de répondre aux sollicitations extérieures à chaque instant, nous serions littéralement saturés. Cette aptitude de notre inconscient à générer des actes réflexes nous permet également de réagir promptement dans des situations où une réflexion approfondie nous mettrait en danger.

Ainsi délestée, notre conscience peut se concentrer sur des situations requérant notre esprit critique, notre créativité, notre réflexion et tant d'autres aptitudes.

 

Bien évidemment, l'élaboration de nos croyances ne provient pas que de nos expériences propres. Beaucoup d'entre elles sont issues de notre culture, de notre religion (ou de notre athéisme), de notre éducation et de tant d'autres sources que nous avons intégrées après qu'elles nous ont été transmises.

En somme, les croyances qui structurent nos vies reposent la plupart du temps sur les représentations du monde élaborées par d'autres personnes avant nous. Est-il besoin de rappeler que l'adhésion à ces croyances nous permet de renforcer notre sentiment d'appartenir à une communauté et d'y être adaptés? Dans une société de plus en plus conformiste, il devient presque dangereux de remettre en question certaines idées communément admises.

 

... à leur toxicité et leur pouvoir limitant.

 

Seulement voilà, au-delà de leur rôle structurant, ces croyances façonnent également nos existences de manière limitante, voire aliénante si nous n'y prenons pas garde. Ces idées reçues que nous traînons avec nous portent en elle les germes de leur propre réalité, à savoir que le fait même d'y croire nous pousse inconsciemment vers leur accomplissement. Adopter une croyance revient à ordonner à notre cerveau de tout mettre en place afin que cette croyance se réalise, et ce, de manière tout à fait inconsciente.

 

Le pouvoir de l'imaginaire sur notre réalité vécue est aujourd'hui pris très au sérieux par la science. Celle-ci reconnaît que le regard que nous portons sur une expérience influe sur l'expérience elle-même. En d'autres termes, la science semble disposée à admettre que l'univers dans lequel nous évoluons n'est qu'un reflet des croyances auxquelles nous adhérons. Notre imaginaire recourt en fait à la force persuasive de notre inconscient dans lequel se sont logées nos croyances pour dresser entre nous et la réalité des filtres perceptifs qui nous permettent d'appréhender cette réalité de manière à ce qu'elle corresponde à notre système de pensées.

 

Prenons un nouvel exemple : vous avez eu une enfance malheureuse. Vous en avez conclu (peut-être inconsciemment) que de manière générale, les gens sont malveillants et indignes de confiance. Il est probable que votre manière de percevoir votre environnement va chercher à confirmer ce que vous pensez. Dès lors, lorsque quelqu'un vous bouscule dans les transports en commun, vous en conclurez qu'il l'a fait exprès ; de même lorsqu'un collègue auquel vous faites signe dans la rue ne vous répond pas, vous en conclurez qu'il vous nie (alors qu'il ne vous avait pas aperçu), etc. Les exemples abondent.

 

Progressivement, pour vous protéger, vous développerez une attitude méfiante, voire agressive, ce qui risque de détériorer vos relations et renforcer par là même la piètre opinion que vous avez de votre environnement. Les gens vous éviteront, vous rejetteront peut-être, ce qui tendra à affermir votre sentiment d'être la victime directe de la malveillance humaine.

A méditer...

 

Ce ne sont pas les choses qui nous nuisent,
mais le jugement que nous portons sur elles.
 

Epictète

 

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas.

C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.  

Sénèque

Auteur > Olivier Pilette