L'un des principes de toute thérapie est de démonter les mécanismes qui nous aliènent, nous privent de notre liberté et nous empêchent d'être nous-mêmes. Dans ce processus, nombreuses sont les méthodes qui proposent de s'intéresser au corps et notamment à la respiration. Pourquoi? 

La respiration fait partie ders fonctions fondamentales qui nous animent dès la naissance jusqu'à la fin de notre vie. Elle est source de cette énergie sans laquelle la vie ne peut ni se développer ni se maintenir. Approvisionnant l'ensemble de notre corps en oxygène, de nos muscles en passant par nos organes et jusqu'à notre cerveau, la respiration est indispensable au bon fonctionnement de notre organisme.

 

Nous savons aujourd'hui que l'énergie dont nous disposons et notre degré de vitalité dépendent de la façon dont nous respirons. En d'autres termes, une entrave à la fluidité de la respiration se paye lourdement et ouvre une voie directe vers la maladie: non seulement les maladies touchant directement le système respiratoire, mais également les systèmes digestif, cardio-vasculaire et neuro-végétatif, sans compter le système nerveux. S'il est indispensable de se nourrir sainement pour assurer l'intégrité vitale de notre corps, il est donc tout aussi essentiel de respirer pleinement. 

 

Le processus respiratoire à la particularité d'être à la fois réflexe ou involontaire et, dans une certaine mesure du moins, volontaire. Nous pouvons modifier le rythme ou l'amplitude de notre respiration, ou même la bloquer momentanément, mais notre contrôle volontaire reste limité; très vite, c'est notre respiration réflexe qui reprend le dessus. Il ne suffit donc pas de le vouloir pour que notre respiration soit fluide et profonde sur le long terme.

 

L'anesthésie ou le silence du corps...

 

Dès notre plus jeune âge, aussitôt que nous rencontrons une situation pénible, nous sommes traversés de sensations et d'émotions qui nous avertissent que notre équilibre psychique est perturbé: la tristesse, la colère, la frustration, la peur ou même l'angoisse, s'accompagnent d'une accélération de la respiration et du rythme cardiaque, notre transpiration augmente, etc. L'unité corps-esprit mobilise son énergie vitale pour réagir à cet état de stress.

 

S'il ne parvient pas à résoudre seul la situation qui le perturbe, l'enfant mobilisera son énergie autrement: pleurer, crier, s'agiter, sont autant de manière d'exprimer aux parents, aux proches, ce qui le fait souffrir et demander leur aide. Si son entourage se montre à l'écoute, il pourra l'aider à dépasser ou résoudre la situation et l'enfant reviendra à un état serein et calme. 

 

Mais combien sommes-nous, filles ou garçons, à avoir entendu à maintes reprises: "ne pleure pas!", "reste tranquille!", "un enfant bien élevé ne se met pas en colère!", et tant d'autres injonctions à réprimer nos émotions! Lorsque notre entourage ne nous offre pas l'écoute requise, notre incapacité à résoudre seul la situation peut se transformer en sentiment d'impuissance et devenir insupportable. Quand une telle situation se représente, plutôt que de se s'amplifier, notre respiration tendra alors à se restreindre ou se bloquer. Pourquoi? 

 

Cette restriction de la respiration est une protection inconsciente, destinée à nous couper de la sensation d'une souffrance à laquelle nous ne parvenons pas à mettre un terme.

La respiration est indissociable de la perception que nous avons de notre corps; plus nous respirons, plus nous sommes à mêmes de ressentir notre corps. A l'inverse, respirer moins équivaut à diminuer la conscience que nous avons des sensations -physiques et émotionnelles- qui l'habitent.

Et si une telle situation se répète ou se pérennise, notre respiration se modifie durablement, en diminuant d'amplitude, limitant de ce fait sa capacité à ressourcer le corps en énergie. Nous entrons alors dans un cercle vicieux et délétère: moins nous respirons, moins nous prenons conscience de ce qui ne va pas et moins nous sommes capables de faire face à notre mal-être, et ce faisant, nous laissons celui-ci prendre le dessus... 

 

 

Cette anesthésie progressive face à notre souffrance nous empêche bientôt de ressentir la joie, l'enthousiasme, et tant d'autres émotions ou sensations agréables dont nous sommes alors coupés.

Bien évidemment, ce processus est inconscient et le plus souvent, nous avons le sentiment de respirer tout à fait normalement quand nous n'inspirons que le strict minimum d'air, permettant simplement aux fonctions vitales de nous maintenir en (sur)vie... 

Vivant à l'écart de nous-mêmes et des saveurs de la vie, nous risquons d'entrer sans nous en rendre compte dans un état de dépression latente qui finit tôt ou tard par se déclarer ouvertement, épuisant nos dernières ressources.

 

Ce n'est dès lors qu'à travers la douleur que le corps se rappelle à nous, et nous contraint à lui prêter plus d'attention.  La liste des "maladies psychosomatiques" s'allonge chaque année et la tentation est grande de se précipiter vers les antidouleurs, anti-inflammatoires et antidépresseurs prescrits à tout-va par certains médecins. Certes, ceux-ci permettront aux symptômes, sinon de disparaître tout à fait, du moins de diminuer afin que notre quotidien redevienne supportable, mais est-ce là tout ce que nous pouvons attendre de la vie? Qu'en est-il de la joie, du plaisir, de l'enthousiasme, des moments de bonheur, qui ne figurent jamais dans la (longue) liste des effets secondaires de nos médicaments?

 

Mon corps, mon allié

 

Lorsque nous sommes assaillis par le mal-être, la dépression ou la maladie, les doutes ou l'angoisse, lorsque tout autour de nous semble instable, insaisissable, il nous est parfois nécessaire d'être accompagnés afin de reprendre contact avec notre vitalité, nos ressources internes, notre capacité à rebondir face aux aléas de la vie. 

 

Si nous décidons de ne plus fuir notre corps, de ne plus le traiter comme un ennemi, il nous est possible d'en faire un allié avec lequel nous pourrons dialoguer. Non pas que la solution à nos problèmes s'y trouve, mais bien l'opportunité de reprendre contact avec nos ressources internes et d'y puiser des possibilités de changement. 

 

De nombreuses méthodes dites "psychocorporelles" proposent un accompagnement progressif dans cette voie: créant un cadre sécurisant, le praticien invite la personne à explorer la relation qu'elle entretient avec son corps, à ressentir, connaître et reconnaître ses mécanismes psychocorporels (crispations, résistances, peurs,...) et apprendre à les dénouer en réinvestissant sa respiration.

 

Ayant repris contact avec son corps, l'habitant pleinement, la personne est à nouveau capables d'éprouver et d'intégrer les sensations et émotions de plaisir,  de satisfaction, de joie profonde qui peuvent s'être émoussées ou perdues.

 

Lorsque nous avons cheminé de cette manière et fait de notre corps un nouvel allié, il n'est pas rare que de nouvelles voies s'ouvrent devant nous, des solutions inédites à nos problèmes, que notre mental n'avait pu concevoir lorsque nous étions au plus mal. Nous pouvons enfin oser être qui nous sommes et créer notre réalité avec davantage de confiance et d'enthousiasme.

 

C'est précisément ce chemin que nous vous proposons ici, Valéri et moi-même.  Nous l'envisageons comme un voyage que vous entreprenez à votre rythme, étape par étape.

 

Olivier

 

 

 

> La repiration, à la source de la vie

Auteur > Olivier Pilette